Le Groupe d'Experts du CESifo est né de la nécessité d'aborder les enjeux politiques non dans une optique nationale mais plutôt du point de vue européen. L'Europe est amenée à grandir, le phénomène d'intégration s'accélère, l'ouverture aux pays de l'Est est imminente. Par la mise en place d'une Banque Centrale Européenne et par l'introduction de la monnaie commune, les pays continentaux se sont liés les mains et doivent s'accorder sur une politique monétaire commune et sur la stabilité interne et externe de l'Euro. Dans le même temps, les politiques fiscales nationales doivent respecter les critères fixés par le Pacte de Stabilité. Les pays européens ont soit à faire face aux mêmes enjeux économiques à savoir le chômage ou le creusement du déficit du système social soit connaissent des difficultés plus spécifiques au contexte économique national. Dans tous les cas, des solutions doivent être apportées à ces problèmes et l'analyse théorique, l'expérimentation et la comparaison des institutions nationales sont autant d'outils pour atteindre cet objectif. Le Groupe d'Experts examine les différentes solutions possibles et dresse un état des lieux des expérimentations déjà mises en place dans les pays membres et autres pays. Il analyse également l'activité économique dans les pays européens.
Le Groupe d'Experts du CESifo est né en 2001 de l'initiative commune de l'IFO, l'institut de recherche économique et du centre d'analyse économique (CES) de l'Université de Munich. Ce rapport est le fruit de la collaboration et de la transmission d'information au sein d'un réseau international de 350 économistes, le département de macroéconomie de l'IFO est en charge des prévisions, l'évaluation des politiques économiques est effectuée à partir de la base de données pour les comparaisons des institutions en Europe (DICE), enfin, les indicateurs de conjoncture économique mondiale (WEC) calculés à partir de sondages dans 80 pays, permettent de dresser un bilan récent de la position relative dans le cycle économique des différentes régions du monde.
Ce document est le premier rapport du Groupe. Il a été élaboré par 7 économistes de 6 pays européens sous la direction de John Flemming, directeur du collège Waldan à Oxford et ancien directeur de la Banque Centrale d'Angleterre. Les autres participants de ce Groupe sont : Giancarlo Corsetti (Université de Rome III), Seppo Honkapohja (Université d'Helsinki), Willi Leibfritz (OCDE), Gilles Saint-Paul (Université de Toulouse), Xavier Vives (INSEAD) and Hans-Werner Sinn (Institut de recherche économique IFO). Le Groupe planifie la sortie d'un rapport similaire chaque année et engage sa responsabilité quant au contenu de ce rapport.
Je voudrais remercier les membres de ce groupe pour le temps qu'ils ont investi dans ce défi et également saluer l'aide que nous ont apportée Wolfang Ochel, Frank Westermann, Wolfgang Meister, Heidemarie C. Sherman and Paul Kremmel (editeur), Sacha O. Becker (secrétariat), ainsi que Elsita Walter (statistiques et graphiques) et Elisabeth Will (transcription et mise en forme).
Hans-Werner SinnPrésident de l'Institut IFO et du CESifoProfesseur d'Economie et de Finances publiques
Ce document est le premier rapport annuel du Groupe d'Experts du CESifo qui réunit des économistes de différents pays européens et dont l'objectif est de contribuer par l'analyse et par des propositions concrètes à l'élaboration de la politique et des réformes économiques. Chaque année, ce rapport traitera de certains enjeux politiques émergents.
Les sept chapitres de ce rapport portent chacun sur l'un des enjeux économiques de la zone euro. Le rapport 2002 aborde dans un premier temps les prévisions en terme de croissance pour l'année à venir, puis les thèmes relatifs au cours de l'Euro, au choix de la combinaison entre politique fiscale et politique monétaire, aux divergences en terme d'inflation et de prix entre pays membres, sur les facteurs favorisant ou handicapant la croissance économique de long terme, sur une réforme du système social respectueuse de l'emploi et sur la réforme de la Politique Agricole Commune.
Le premier chapitre dresse un état des lieux de la situation économique en Europe et se concentre sur les pays qui ont adopté l'Euro en 2001 et 2002, état des lieux basé sur de nombreuses sources informationnelles et en particulier sur la base de données de l'IFO.
Les estimations faites du taux de croissance du PIB soit 1.6% pour l'année 2001 et 1.3% pour l'année 2002 sont inférieures à celles menées avant les événements du 11 Septembre 2001 et à la plupart des prévisions faites par les gouvernements nationaux (qui ont été parfois surestimées pour donner l'impression d'une stabilisation fiscale) et de plus ces estimations sont inférieures d'au moins 1% du taux de croissance du PIB potentiel. Le taux de croissance européen prévu est supérieur à celui des Etats-Unis pour l'année 2001 et à l'instar des USA, nous attendons un retour de la croissance au cours de l'année 2002. Cependant, l'Europe dans sa globalité, contrairement aux Etats-Unis, ne devrait pas connaître de déclin de son PIB trimestriel bien que certains Etats membres soient déjà en phase de récession.
La faiblesse de la croissance devrait se traduire par une augmentation du taux de chômage de 0.25 points (en pourcentage) entre 2001 et 2002 (avec comme plancher de référence l'année 2001) alors que l'inflation devrait diminuer de 0.75 points dans l'ensemble de la zone euro.
La faiblesse de l'Euro par rapport au Dollar américain et au Yen depuis son lancement en 1999 fait l'objet du second chapitre. Une des causes de la faiblesse de l'Euro avancée par ce rapport est le déclin dramatique de la demande de liquidités qui s'explique du moins partiellement par la sortie de l'argent sale des pays de la zone euro et par la désaffection vis à vis du Deutschmark des pays de l'est et d'autres régions du monde. La Banque Centrale Européenne en vue d'enrayer cette chute de la demande de liquidités tout en maintenant les taux d'intérêt constants a opté pour une modification de la composition de l'agrégat monétaire M3 sans changement de sa taille et ceci a eu le même impact économique sur le taux d'échange qu'une intervention stérilisatrice de même ampleur. Corrigé de l'évolution structurelle, le déclin de la demande de liquidités apparaît de l'ordre de 90 billions d'Euros depuis quelques années jusqu'à Octobre 2001 et ceci serait suffisant pour expliquer la faiblesse de l'Euro en termes quantitatifs.
Des facteurs économiques peuvent également venir compléter l'explication de cette faiblesse de la monnaie européenne ou de manière duale de la force du Dollar depuis la fin des années 90. L'appréciation du Dollar est liée à une forte demande de consommation et d'investissement renforcée par l'anticipation d'un avantage comparatif des USA en termes de croissance et de productivité. Quand des doutes ont été émis sur la persistance de cet avantage vers la fin de l'année 2000 , nous avons pu noter un arrêt du phénomène de dépréciation de l'Euro qui s'est maintenu à un niveau faible reflétant peut-être un certain pessimisme des agents économiques quant à la capacité de l'Europe de soutenir sa propre croissance indépendamment de celle des USA. C'est précisément à cette période là que les flux monétaires dont nous avons parlé précédemment ont été les plus importants.
Le chapitre 3 aborde la question difficile du choix des politiques monétaires et fiscales à adopter dans un contexte de cycle économique défavorable et de faiblesse de l'Euro. Les gouvernements des différents pays sont engagés dans des plans de stabilisation fiscale qui suppose une baisse à moyen terme tendancielle des déficits budgétaires. La Commission Européenne veille au respect de cette ligne de conduite et demande à la Banque Centrale de diminuer ses taux d'intérêt pour inciter les gouvernements dans cette voie. Pour autant, les taux d'intérêt en Europe sont déjà inférieurs aux taux qui pourraient être anticipés de manière cohérente sur la base de l'évolution des prix et revenus et un indicateur basé sur les taux d'intérêt et d'échange indique également un relâchement considérable des conditions monétaires au cours de l'année 2001. Aucun parti n'est prêt à courir de tels risques.
Le rapport note également de nombreuses faiblesses dans la rédaction du Pacte de Stabilité notamment sur la partie dévolue aux plans de stabilisation fiscale. En particulier, bien que les évaluations faites des déficits budgétaires à venir soient basées sur les prévisions du PNB, elles ne sont pas considérées comme explicitement conditionnées par ces prévisions. Or si le PNB est inférieur à celui qui était prévu, les déficits dépassent les déficits estimés et les autorités fiscales peuvent alors être amenées à prendre des mesures dont l'effet est d'aggraver encore la récession. Dans certains cas, elles peuvent même être incitées à publier des estimations du PNB falsifiées pour faire apparaître des déficits en diminution bien qu'elles ne prennent pas les mesures qui s'imposent pour lutter contre ces déficits.
Il serait souhaitable que les plans de stabilisation tiennent compte de cet effet possible d'une mauvaise estimation du PNB et que ces prévisions du PNB soient plus fidèles. Alors, il serait possible accordant une plus grande confiance aux prévisions faites du PNB de laisser opérer les stabilisateurs et de prendre des mesures contra cycliques (comme d'accélérer la mise en place de la politique de réduction fiscale).
Comme il semble impossible d'attendre que de telles réformes soient appliquées et que la récession ne doit pas être avancée comme excuse pour reporter à plus tard les réformes nécessaires du secteur public, il est envisageable, dans le contexte de récession actuelle, de permettre une augmentation des déficits publics en Europe, exception faite, des pays dont l'effort en terme de stabilisation est déjà faible et les ratios d'endettement public déjà les plus élevés. Pour ces pays là, il n'est pas pour autant question de réduire les déficits budgétaires. Nous pensons également que (à l'instar de la FED) la BCE devrait encore diminuer ses taux d'intérêt et que cette mesure est des plus urgentes.
Mais encore, il serait nécessaire d'élaborer un plan d'urgence pour assurer une meilleure coordination des politiques en Europe. Ce plan pourrait s'inspirer des propositions faites dans le Pacte de Stabilité et de Croissance Allemand de 1967 (et dans la législation britannique à la même époque) et/ou être conçu afin de donner les structures d'incitation les plus efficaces possibles notamment en matière d'investissement et de politique familiale.
Le chapitre 4 traite de la question de l'impact de l'introduction de l'Euro sur les différentiels de prix au sein de l'Union et sur son impact sur le coût du capital dans les pays membres, cette analyse permettra une meilleure compréhension des mouvements de capitaux actuels des pays du centre moins dynamiques vers les pays de la périphérie plus actifs.
Bien que les écarts de prix soient de plus en plus faibles entre pays européens et au regard de la convergence du coût du travail et de la productivité en Europe, ces écarts soient encore amenés à diminuer, ils ne devraient pas disparaître en totalité. Il y a 10 ans la dispersion des prix en Europe était trois fois plus importante qu'aux USA, depuis la fin des années 90, elle n'est plus que du double.
Les taux d'intérêt nominaux sur les fonds d'Etat ont convergé depuis l'annonce de l'introduction et le passage à l'Euro du fait de la disparition de la prime de risque liée à l'incertitude sur la valeur des taux d'échange et pour d'autres raisons. Les pays périphériques pour lesquels ces primes apparaissaient comme plus élevées bénéficient actuellement d'un afflux de capitaux. La productivité du travail et les prix des biens qui ne font pas l'objet de commerce international connaissent alors une augmentation plus rapide de celle que l'on aurait pu observer sans introduction de l'Euro. Des écarts d'inflation assez importants entre pays européens est l'un des aspects normal du processus de convergence réelle qui découle de l'intégration européenne en général et de l'introduction de l'Euro en particulier.
Les différences de conjoncture économique dans la zone euro ces dernières années ont soulevé le problème de la volonté d'un différentiel d'inflation plus important qui permet de réduire le risque lié à la surchauffe des pays ou régions connaissant les taux de croissance les plus forts. Cette hausse de l'inflation par le biais de l'augmentation des prix des biens et services domestiques a un effet négatif sur la demande provenant de l'extérieur.
Mais le problème avec ce raisonnement est que même un choc conjoncturel de faible ampleur entraîne une appréciation permanente du taux d'échange. Ainsi même si une inflation plus forte en cas de boom économique peut être un moyen efficace de contenir les déséquilibres internes, ce n'est qu'à la condition que prix et salaires puissent diminuer en cas de retournement de la conjoncture. Or nous pouvons observer des rigidités nominales à la baisse importantes qui empêchent un ajustement rapide et peuvent même se traduire par une faible montée du chômage.
A moins que ces écarts en termes d'inflation soient considérables, il n'est pas efficace d'essayer de les éliminer en présence de différentiel de croissance de la productivité ou de chocs sur les goûts des agents à travers le monde (un regain de demande pour les pâtes italiennes ou le vin français…). Même dans ces cas là, il y a un risque réel de surajustement de l'inflation d'équilibre. Il existe d'autres cas où il est inutile de lutter contre ses écarts d'inflation et notamment quand la demande domestique est forte due à un dynamisme des exportations dopées par la faiblesse de l'Euro. L'Europe devra s'attacher à l'avenir à adopter des politiques en faveur d'une plus grande flexibilité des prix et des salaires.
Le chapitre 5 compare les taux de croissance en Europe et aux USA au cours des dernières décennies. L'Europe a bien connu un rattrapage dans les années 50 et 60 jusqu'aux années 70. Ensuite l'avantage des Etats-Unis en terme de croissance n'a cessé de s'amplifier dans les années 80 et 90 avec des taux particulièrement élevés dans la deuxième partie de la décennie 90. Ce chapitre du rapport se penche sur le rôle de la dotation initiale en facteurs de production et sur leur accumulation en insistant principalement sur le rôle des nouvelles technologies de l'information. A noter la place particulière des pays scandinaves à ce sujet qui se rapprochent plus des Etats-Unis que des autres pays européens. Ce chapitre propose une analyse de l'impact de la régulation sur le marché du travail et dans le secteur industriel en Europe et aborde également des questions liées à l'éducation et à l'accès à Internet sur le continent européen. Il insiste sur le rôle joué pour ce dernier effet par le manque d'ouverture de ce secteur à la concurrence.
Le chapitre 6 montre que les programmes sociaux de l'Etat providence moderne ont surtout comme objectif de palier l'absence de revenus de ceux qui se retrouvent sans emploi. Ceci a eu pour conséquence d'inciter les agents les moins productifs à réduire leur demande pour des emplois proposant des salaires faibles bénéficiant d'aides de plus en plus importantes, emplois pour lesquels l'offre a finalement disparue. Une alternative possible à cette politique déjà adoptée à des degrés variables dans différents pays est le système du crédit d'impôt qui vient s'ajouter aux salaires des travailleurs les moins productifs, accompagné d'une dégressivité forte des allocations chômage en fonction du temps passé au chômage. Il s'agit également de réexaminer les systèmes d'assurance sociale caractérisés par de fortes prestations pour des durées limitées.
Il s'en suit une proposition détaillée qui devrait permettre de maintenir le niveau de vie des agents occupés et des sans emploi. Cette proposition consiste à procurer un emploi public aux chômeurs plutôt que de les faire bénéficier d'allocations sociales, supprimant ainsi les cas où certains agents qui sont capables de travailler choisissent délibérément de ne pas le faire et à subventionner au contraire ceux qui optent pour des emplois peu rémunérés dans le secteur privé.
Finalement, le chapitre 7 revient sur les réformes de la Politique Agricole Commune. L'expérience britannique de BSE et FMD (vache folle et fièvre aphteuse) a mis l'accent sur les dangers sanitaires et environnementaux de l'agriculture moderne. Historiquement l'aide à l'agriculture était destinée à assurer la sécurité de l'offre, le maintien des revenus et de plus en plus souvent à poursuivre des objectifs environnementaux. Le soutien des prix à la production incite à l'intensification de l'agriculture avec les effets négatifs qu'on lui connaît sur l'environnement, le bien-être des animaux et la santé humaine. Le bœuf aux hormones et les organismes génétiquement modifiés ne sont pas plus dangereux pour la santé des européens que pour celle des américains et ne doivent pas être un obstacle au commerce transatlantique bien qu'il faille réguler leur utilisation. En moyenne, la PAC nuit aux échanges entre pays développés, un problème qui devrait encore s'aggraver lors de l'élargissement de l'Europe à des pays comme la Pologne ou la Hongrie qui ont des secteurs agricoles développés.
L'Europe permet aux états membres de définir des normes notamment sur le respect des animaux qui vont au delà des minimaux fixés par elle. Il conviendrait de définir plutôt différentes normes avec un système de labels (par exemple sur l'utilisation des hormones, des OGM, etc).
Il faudrait passer du soutien des prix à la production (et de ses effets pervers sur l'environnement) à des programmes en faveur du respect de l'environnement (éventuellement gérés au niveau de l'UE) en accord avec une vision plus libérale du commerce et des échanges internationaux.
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EEAG European Economic Advisory Group at CESifo Information and current members
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