L´Agefi, 06.03.2006
L'économie de marché est efficace, mais injuste. Le montant des salaires est quelquefois insuffisant pour mener une vie décente.
PAR HANS-WERNER SINN
L'économie de marché est efficace, mais elle n'est pas juste. Les salaires étant déterminés par la loi de l'offre et de la demande, il arrive que leur montant soit insuffisant pour mener une vie décente.
En Europe occidentale, le système de protection sociale intervient alors en distribuant un revenu minimum, qu'il s'agisse d'une allocation chômage, d'une préretraite ou de toute autre forme de revenu de remplacement. Si le salaire attribué en raison du marché est insuffisant, l'Etat fournit un revenu de remplacement sans qu'il soit nécessaire de travailler. Un revenu pour ne rien faire.
Aussi humaine que soit cette politique, elle est en grande partie responsable du chômage de masse dont souffre l'Europe. La raison en est simple: le revenu de remplacement est un revenu pour ne rien faire. Son existence entraîne de la part des travailleurs une exigence de salaire que les employeurs privés sont de plus en plus réticents ou dans l'impossibilité de satisfaire.
Les employeurs ne sont pas des altruistes. Ils embauchent un salarié à condition que son apport économique soit supérieur à son coût. Et encore faut-il que la différence entre les deux soit avantageuse par rapport à l'embauche d'un travailleur dans un pays étranger ou à son remplacement par une machine. Mais les salariés ne sont pas stupides, ils n'acceptent un travail que s'il leur apporte un salaire supérieur au revenu de remplacement. Cela condamne au chômage les salariés dont la productivité est insuffisante pour justifier un salaire supérieur au revenu de remplacement. Un problème qui s'est aqqravé dernièrement.
Ce problème n'est pas nouveau en Europe occidentale, mais il s'est beaucoup aggravé avec l'arrivée soudaine de 28 de l'humanité dans l'économie de marche occidentale, conséquence directe de la chute du Rideau de fer et de l´ouverte de la Chine. L´intégration des Tigres asiatiques dans les années 1970 et 1980 a dejà été suffisamment laborieuse, l'arrivée des pays ex-communistes et de la Chine constitue le défit majeur qui se pose au monde dans cette première moitié du siècle.
Si leur intégration économique est avantageuse pour la plupart d'entre eux, la pression á la baise qzélle entraine sur les salaires des travailleurs non qualifiés est source d´énormes problémes en Occident. Les économies occidentales sont contraites de se concentrer sur la production de biens á haute valeur ajoutée qui nécessite un capital important mais qui est peu créatrice démploi. Les capitaux financier et les investissements directs vont l´Ouest vers l`Est, tandis que les immigrés sans qualification vont vers l´Ouest.
Ces fluxs accroissent encore l'excès de main-d'œuvre non qualifiée en Occident, ce qui pousse les salaires à la baisse. Cette tendance à la baisse va se prolonger pendant des décennies. La plupart des lecteurs de cet article seront morts avant qu'elle ne se stabilise, car c'est un processus à très long terme.
Si dans les pays occidentaux le marché du travail était suffisamment flexible et ne résistait pas à cette pression croissante, les salaires des travailleurs non qualifiés chuteraient et l'emploi pourrait être maintenu. Mais du fait du système de protection sociale, les salaires résistent à la baisse et la mondialisation va sans doute se traduire par une augmentation du chômage de masse. Les dirigeants occidentaux réagissent dans le sens de la résistance à la baisse des salaires. Ainsi, l'Allemagne prévoit l'instauration d'un salaire minimum, à l'image de ce qui existe déjà ailleurs. Mais ces mesures ne vont faire qu'aggraver la situation: les pays occidentaux se tourneront encore davantage vers des activités qui ne nécessitent pas de main-d'œuvre non spécialisée, les capitaux occidentaux vont de plus en plus s'investir ailleurs et de plus en plus d'étrangers vont être attirés par l'Occident, ce qui amènera la population des pays occidentaux à se tourner en plus grand nombre vers le système de protection sociale. En Occident, le chômage de masse ne va pas diminuer mais augmenter. Ce système ne survivra pas à la globalisation.
Le système de protection sociale européen basé sur un revenu de remplacement et un salaire minimum ne survivra pas à la mondialisation. Il faudra peut-être encore 10 ou 20 ans aux dirigeants occidentaux pour comprendre cela, mais ils finiront par le comprendre. On ne peut pas ramer indéfiniment à contre-courant de l'Histoire. Pour autant, l'Etat providence doit-il disparaître ? En Europe, on pourrait concevoir un nouveau système de protection sociale qui sauvegarderait les valeurs de solidarité sur lesquelles il se fonde. Il consisterait à attribuer un complément de salaire plutôt qu'un revenu de remplacement. Chacun devrait travailler, quel que soit le salaire proposé, et le gouvernement fournirait le complément pour garantir un niveau de vie socialement acceptable.
De nouvelles solutions apparaissent
Si les gouvernements payent les gens pour travailler plutôt que pour ne rien faire, comme c'est le cas actuellement, il n'y a plus besoin d'un salaire minimum. Les revenus du travail répondraient à la loi de l'offre et la demande. Des salaires plus bas entraîneraient des créations d'emploi, puisque les employeurs trouveraient avantage à réaliser à l'intérieur même de leur entreprise une plus grande part du processus de fabrication. Et la pauvreté serait évitée, puisque les travailleurs non qualifiés auront deux sources de revenu: leur salaire et un complément versé par l'Etat. Un tel système serait coûteux, mais c'est aussi le cas du système actuel dans lequel l'Etat fournit la totalité de leurs revenus à des millions de gens, alors qu'ils ne travaillent pas. Dans ce nouveau système, le nombre de bénéficiaires serait plus important, "^ais les dépenses par tête bien plus faibles, puisqu'il ne s'agirait que d'un Amplement de salaire. C'est seulement une question d'arithmétique et d´econométrie que de déterminer quel système est le meilleur marché. En ce qui concerne l'Allemagne, selon l'Institut Ifo, une protection sociale basée sur des compléments de salaire reviendrait moins cher. Quoi qu'il en soit, l'introduction d´un complément de salaire à la place d'un revenu de remplacement ne servirait pas seulement à créer des emplois et à doper la croissance: moins de gens seront privés de la dignité que seul confère le fait de s'assumer par le travail.
Hans-Werner Sinn dirige l'Institut de recherche économique Ifo à Munich.
Copyright Project Syndicate 2006
Traduit de l'anglais par Patrice Horovitz
La Chine vise une croissance moins inégalitaire pour cette année
Le gouvernement chinois s'est de nouveau engagé à lutter contre les inégalités sociales grandissantes et à promouvoir une croissance économique plus équilibrée et moins polluante, dimanche à l'ouverture de la session annuelle du parlement.
Après avoir écouté l'hymne national, le Premier ministre Wen Jiabao s'est lancé dans un discours de deux heures devant les quelque 3.000 délégués de l'Assemblée nationale populaire (ANP) réunis dans le Grand Palais du peuple à Pékin.
Il a mis en avant ce qu'il considère comme les progrès de son gouvernement en 2005 dans les domaines économiques, sociaux et scientifiques, avec notamment une croissance à 9,9 ou bien le lancement du vaisseau spatial habité Shenzhou VI.
Wen Jiabao veut accorder plus d'attention aux campagnes
Wen Jiabao a ensuite fixé un objectif d' "environ 8" pour l'augmentation du produit intérieur brut (PIB) en 2006, tout en promettant une meilleure répartition de cette croissance afin que "l'ensemble de la population partage les fruits de la réforme et du développement".
Wen Jiabao a insisté sur la volonté de son gouvernement durant le XIe plan (2006-2010) d'accorder plus d'attention aux campagnes, à la traîne malgré plus de 25 ans d'une croissance nationale prodigieuse.
"En 2006, les finances centrales prévoient une enveloppe de 339,7 milliards de yuans (42,3 milliards de dollars) destinée au soutien de l'agriculture, des régions rurales et des paysans, soit 42,2 milliards de yuans de plus qu'en 2005", a-t-il dit.
M. Wen a également souhaité que "l'essentiel des investissements de l'Etat dans la construction d'infrastructures aille aux régions rurales". "Il s'agit là d'un changement profond", a-t-il affirmé. Budget militaire d'environ 35 milliards de dollars.
La Chine a par ailleurs annoncé une augmentation de son budget militaire de 14,7% en 2006, à la veille de l'ouverture de la session annuelle de son Parlement et sur fond de tensions avec l'île rebelle de Taïwan de nouveau semoncée pour ses visées indépendantistes. Indiquant vouloir continuer à "mettre en oeuvre une politique budgétaire et monétaire de prudence", Wen Jiabao a également renouvelé l'objectif d'une croissance moins orientée vers les exportations, plus soutenue par la consommation intérieure et moins polluante. "Un ciel pur et de la verdure, des fleuves aux eaux limpides et des montagnes boisées, voilà ce que nous devons léguer aux générations futures", a-t-il dit. Le Primier ministre a reconnu un certain nombre de problèmes, parmi lesquels les couts élevés des soins de santé et d'éducation, ainsi que les expropriations de terres qui ont provoqué des émeutes sociales ces dernières années. (Lire également en page 23) - (afp)
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